Un frère, une fille, un mari qui ne rentre pas. Un appel du commissariat, la mention d’une garde à vue, et puis plus rien. On se retrouve à attendre, sans savoir si ça va durer quelques heures ou plusieurs jours, ni ce qui, dans la loi, détermine cette durée. Cet article tente d’apporter quelques réponses de manière simple, sans jargon inutile.
Le point de départ de la garde à vue
La garde à vue ne commence pas quand un policier remplit un formulaire. Elle commence au moment réel de la privation de liberté : l’instant de l’interpellation si la personne a été prise sur le fait, ou son arrivée au commissariat si elle s’y est présentée suite à une convocation. C’est cette heure qui sert de base pour calculer tous les délais qui suivent – y compris si la personne est hospitalisée en cours de mesure.
Un détail important : si la même personne a déjà été gardée à vue pour les mêmes faits, la durée de la garde à vue précédente vient se soustraire de la nouvelle mesure.
La durée de la garde à vue
Le cas le plus fréquent : 24 heures, parfois 48
Pour un majeur, la durée initiale ne varie pas selon la gravité des faits ou le type d’enquête : 24 heures, point.
Passé ce délai, deux hypothèses :
- Soit la garde à vue prend fin : le parquet peut classer l’affaire sans suite, proposer une mesure alternative aux poursuites, ou décider d’engager des poursuites – la personne étant alors remise en liberté avec une convocation ultérieure, orientée directement vers une audience, ou déférée en vue d’une comparution immédiate, d’une audience correctionnelle classique ou d’une présentation devant un juge d’instruction ;
- Soit la mesure est prolongée : le procureur de la République ne peut prendre cette décision que par écrit, de façon motivée, et seulement si l’infraction est punie d’au moins un an de prison. Cette prolongation est plafonnée à 24 heures supplémentaires, ce qui porte le total à 48 heures.
Dans la plupart des cas, cette décision de prolongation intervient après que la personne a été présentée au procureur — en personne ou, depuis la loi du 23 mars 2019, par visioconférence. Ce n’est qu’à titre exceptionnel, lorsque les circonstances rendent cette présentation impossible, qu’elle peut être totalement écartée.
Trafic de stupéfiants, terrorisme : des durées à part
La loi prévoit des prolongations supplémentaires pour certaines infractions jugées particulièrement complexes :
- Trafic de stupéfiants : une prolongation de 24 heures, puis une seconde de 48 heures décidée par le juge des libertés et de la détention. Total possible : 96 heures, soit quatre jours.
- Criminalité organisée, terrorisme : selon les circonstances, la garde à vue peut s’étirer jusqu’à 96 heures – et, dans les situations les plus exceptionnelles liées à une menace terroriste imminente, jusqu’à 144 heures, soit six jours.
Ces prolongations exigent, à chaque étape, une décision motivée d’un magistrat qui doit justifier que la mesure reste indispensable.
Et pour les mineurs ?
Le droit encadre plus sévèrement la garde à vue des mineurs, avec des seuils qui varient selon l’âge :
- Moins de 13 ans : il n’y a pas de garde à vue à proprement parler. Seule une mesure de retenue, limitée à 10 heures, est envisageable.
- 13-16 ans : 24 heures, prolongeables de 24 heures seulement si les faits sont punis d’au moins 5 ans de prison.
- 16-18 ans : 24 heures, prolongeables de 24 heures dans les mêmes conditions qu’un majeur.
Tableau récapitulatif
| Situation | Durée initiale | Prolongation possible | Durée maximale |
| Majeur, droit commun | 24 h | + 24 h | 48 h |
| Majeur, stupéfiants | 24 h | + 24 h puis + 48 h | 96 h |
| Majeur, criminalité organisée / terrorisme | 24 h | jusqu’à + 120 h selon les cas | jusqu’à 144 h |
| Mineur < 13 ans | Retenue, pas de GAV | Non applicable | 10 h |
| Mineur 13-16 ans | 24 h | + 24 h (si peine ≥ 5 ans) | 48 h |
| Mineur 16-18 ans | 24 h | + 24 h | 48 h |
Une précision qui change tout
Ces chiffres sont des plafonds. La plupart des gardes à vue se terminent bien avant : dès que les enquêteurs ont ce dont ils ont besoin, la personne est relâchée, présentée à un magistrat, ou orientée vers une autre mesure. Personne n’a intérêt à prolonger une garde à vue au-delà du strict nécessaire – ni la police, ni la justice, et la loi le rappelle à chaque étape.
Si un proche se trouve actuellement en garde à vue, sachez qu’un avocat peut intervenir dès le début de la mesure – c’est souvent la meilleure façon d’obtenir des réponses concrètes, rapidement. Maître Yanis Boudinar assiste régulièrement des mis en cause dans le cadre de leur garde à vue. N’hésitez pas à nous contacter dans les plus brefs délais.

